Forces Parallèles

French rock 2017

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French rock 2017Rédigé par Long John Silver dans FP Nightfall

Avancer, quoi qu’il advienne, aller à la rencontre du public là où il se trouve, que ce soit à l’occasion d’une fête programmée dans un village improbable du Haut Doubs ou sur la scène déjà plus prestigieuse du festival Jazz sous les pommiers à Coutances où ils sont inscrits au milieu d’une liste d’artistes établis sur le circuit, voilà le quotidien des COTTON BELLY’S. On écume la route, on s’entasse dans un van avec le matos pour gagner sa vie en faisant vivre sa musique, pour jouer. Les Cotton sont des musiciens à temps complet. Qui connaît le groupe sait que celui-ci est sans cesse sur les planches, tout à sa passion pour la musique. À ce jeu, le quatuor tire remarquablement son épingle puisque « Given », chanson parue sur son EP éponyme en 2015, s’est vue attribuer le prix de la fondation Orange, chose qui lui a permis au passage de boucler rapidement et dans de bonnes conditions le présent Rainy Road.

Et puis comment ne pas évoquer l’humilité, la simplicité ou tout simplement l’humanité de ces musiciens qui prennent le temps d’échanger à chaque occasion, une fois les gigs achevés, sans chichi ni préjugé ou autre complexe de (pseudo) supériorité. Or c’est justement cette chaleur qui filtre au travers les enregistrements studio disponibles jusqu’ici, Rainy Road ne dérogeant pas à cette caractéristique somme toute assez peu commune. Comme prévu, l’album intègre les cinq titres du EP paru quelques mois auparavant, cependant ceux-ci ont été réenregistrés pour la circonstance, nouveau batteur à l’appui, aussi pour des questions de son, les moyens mis à disposition permettant de gagner en amplitude par rapport au rendu précédent. Ces chansons – toutes impeccables – ouvrent le disque, leurs versions sont proches des originales, leur ordre est différent, on note ci et là un break de batterie inséré sur « Wrong », l’abandon d’une partie des chœurs sur « Sobad » ou encore une fin lourde et puissante ajoutée à « Given », le tout à bon escient d’autant que la production est énorme, au service de mélodies toujours captivantes, d’arrangements léchés sans être tape à l’œil. Bien sûr, on retrouve avec bonheur les soli incandescents de Jérôme Perrault à la guitare ainsi que ceux de Yann Malek à l’harmonica. Pour s’en persuader, il n’est qu’à jeter ses deux oreilles sur « Rainy Road » la souveraine et « Medecine » au groove funk/rock irrésistible, deux instants de bravoure qui ressortent à présent tels des blocs majestueux.

Il va de soi, connaissant les gaillards, qu’on ne se faisait aucun souci quant au soin apporté à un catalogue déjà dévoilé et ici remanié, le résultat étant exemplaire. On avait également relevé une évolution artistique en direction d’un blues/rock lourd, là où par le passé étaient privilégiées les ambiances folk souvent acoustiques. Le son – et le ton – se sont durcis. Restait à découvrir le reste.

Pourtant, les trois morceaux qui s’ensuivent laissent l’auditeur quelque peu interrogateur et cela pour des raisons différentes. Non qu’ils soient mauvais; « Family Chains », par exemple est typique, il s’agit d’une ballade R’n’B tel qu’on pouvait les apprécier chez Atlantic Records courant 60’s, or sur ce type de titre on s’attend à entendre une voix black qui déchire la brume, à la Otis Redding, ou alors éthérée façon Percy Sledge, ce qui n’est pas vraiment le cas ici, même si l’harmonica remplace judicieusement les pêches de cuivres idoines. Puis « My Friend » aux accents jazz manouche, agrémenté de percussions récréatives, convainc moins alors que « Hard Times, qui fait mouche sur scène et ferait un excellent single, nous ramène, tout comme son prédécesseur, aux ambiances festives – malgré un texte sombre – du premier album des p’tits gars, sans véritablement s’inscrire dans la logique portée par l’ambiance initiale du disque.

Surtout qu’on retrouve les choses là où on les avait laissées en ouverture avec « Soldier », titre halluciné à l’ambiance plombée comme après le passage d’un bombardier rempli de projectiles de destruction massive. Même constat concernant la suite : « Tick Tock AM »/ « Tick Tock PM », soit un seul et même morceau échantillonné sur deux plages successives, où une section rythmique à la lourdeur confondante finit par rappeler l’œuvre au noir de LED ZEPPELIN. On se quitte avec « From This Town », complainte folk guitare/voix à mi-chemin entre Paul SIMON et Bob DYLAN, portant une conclusion guère optimiste à l’opus nonobstant la délicatesse de son interprétation.

Reste, qu’une fois de plus, on remarque qu’en dépit de pratiquer un genre en apparence très codifié – le blues -, les COTTON BELLY’S ne cessent de nous surprendre à mesure qu’ils bâtissent une œuvre aussi variée que cohérente. Tant sur le plan hexagonal, que sur celui élargi à l’international, il n’est pas évident de trouver des artistes faisant preuve d’un tel parti-pris artistique, entre influences solides voire connotées et liberté de ton, cela peut-être au détriment d’une ligne en béton armé. On pense parfois à Ben HARPER quand on cherche une référence, toutefois le groupe francilien possède malgré tout un registre qui lui est propre au point de le rendre unique en son genre, à savoir un cocktail de styles en provenance du delta du Mississippi allant aussi flâner jusqu’à la jonction entre la Seine et la Marne. Cependant, au-delà de ce constat générique, la principale qualité de cet album est de nous offrir des chansons qui résonnent longtemps après que leurs dernières notes aient retenti dans nos enceintes. La formule semble simple, elle n’en demeure pas moins d’une efficacité désarmante.

 

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